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La psychiatrisation de la dissidence : quand la médecine devient un outil politique

  • Photo du rédacteur: prunearnoul
    prunearnoul
  • 26 août 2025
  • 5 min de lecture


psychiatrie complotiste

Un outil ancien, réactivé dans nos sociétés modernes


L’histoire est riche en exemples où le pouvoir s’est appuyé sur la psychiatrie pour neutraliser ses opposants. En URSS, des milliers de dissidents furent diagnostiqués de "schizophrénie lente" pour avoir critiqué le régime. La Chine contemporaine continue d’utiliser les hôpitaux psychiatriques pour "rééduquer" les militants politiques ou religieux. On croyait ce type de dérive étranger aux démocraties occidentales. Pourtant, la France a elle aussi vu se multiplier ces dernières années des cas où la psychiatrie a servi de prolongement au bras politique.


La psychiatrisation de la contestation en France


Derrière les discours de santé publique et de protection sociale, la psychiatrie peut se transformer en instrument de contrôle, notamment lorsqu’elle est utilisée pour qualifier d’"aliénés" ceux qui contestent l’ordre établi.


Pendant la crise du Covid-19, certains dissidents ont fait l’amère expérience de ce glissement inquiétant :


  • Pr Jean-Bernard Fourtillan, pharmacologue connu pour ses critiques virulentes contre les vaccins et ses prises de position jugées "complotistes", a été interné de force en 2020 puis en 2021. Il a dénoncé un internement abusif motivé par ses opinions et non par un réel trouble psychiatrique.


  • Pierre Jovanovic, journaliste et essayiste, critique du système bancaire et des politiques sanitaires, a déclaré avoir subi une tentative d’internement récente « Séance ahurissante du GIPN débarquant en pleine nuit au domicile de Pierre Jovanovic pour l’arrêter. À une heure inhabituelle mais légale, si le but était de le faire interner. Le message qu’il a reçu de YouTube va clairement dans ce sens. Et comme il était absent, ils ont aussi défoncé la porte de sa maison d’édition. En France, aujourd’hui, quand on est un journaliste qui fait son travail, on est traité comme un terroriste. Et les forces de l’ordre sont plus que jamais les milices d’un pouvoir qui n’a plus aucune légitimité. ». Ses soutiens dénoncent une répression politique déguisée.


  • Un ancien motard gendarme engagé dans le mouvement des Gilets jaunes a lui aussi été interné après avoir publié des vidéos critiques contre l’État. Ici encore, beaucoup ont perçu un procédé politique sous couvert de "protection".


Ces cas ne sont pas isolés : ils révèlent un usage de la psychiatrie pour discréditer et neutraliser ceux qui dérangent, sous prétexte de "protéger leur santé mentale" ou celle d’autrui.


Un cadre légal propice aux abus


La France dispose d’un arsenal juridique qui permet l’internement psychiatrique sans consentement :


  • La loi du 5 juillet 2011 sur les soins psychiatriques sans consentement (remplaçant l’ancienne loi sur "l’hospitalisation d’office").

  • Cette loi autorise le préfet ou le représentant de l’État à ordonner une hospitalisation lorsqu’une personne est jugée dangereuse pour elle-même ou pour autrui, ou lorsqu’elle "porte atteinte gravement à l’ordre public".

  • Pendant la crise sanitaire, plusieurs amendements et décrets ont renforcé les pouvoirs administratifs au nom de la gestion du risque collectif, ouvrant la porte à des interprétations extensives :


Encadrement législatif renforcé en psychiatrie sans consentement


1. Loi de financement de la Sécurité sociale 2021 (14 décembre 2020)

  • Modifie l’article L. 3222-5-1 du Code de la santé publique pour formaliser les durées maximales des mesures de contention et d’isolement (respectivement 6h et 12h, avec renouvellements possibles dans la limite de 24h et 48h).

  • Mais elle crée une "exception", permettant un renouvellement au-delà de ces durées si le médecin informe sans délai le juge des libertés et de la détention (JLD). Ce dispositif a été saisi à travers une QPC, car considéré comme insuffisamment encadré.SénatWikipédiaLe Monde.fr


2. Décisions du Conseil constitutionnel


  • QPC du 19 juin 2020 : censure partielle des règles d’isolement/contention de la loi 2016 pour absence de contrôle judiciaire, malgré leur nature privative de liberté.conseil-constitutionnel.fr

  • QPC du 4 juin 2021 : censure de la version introduite par la LFSS 2021, estimée insuffisante pour garantir un contrôle judiciaire réel (en particulier concernant les renouvellements sans intervention obligatoire du juge).Le Monde.frassemblee-nationale.frConseil d'État


3. Décrets d’application de 2021 et 2022


  • Décret n° 2021-537 (30 avril 2021) : précise les obligations d’information des établissements de santé et les procédures applicables devant le JLD relatif à l’isolement et à la contention.legifrance.gouv.fr

  • Décret n° 2022-419 (23 mars 2022) : issu de la loi du 22 janvier 2022 renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire. Il modifie notamment les procédures devant le JLD, en reprécisant les obligations d’information et de saisine judiciaire.legifrance.gouv.fr+1


4. Gestion générale de la crise sanitaire


  • Loi du 11 mai 2020 (prolongation de l’état d’urgence sanitaire) : encadre les régimes d’isolement ou de quarantaine individuels, imposant désormais un recours possible devant le juge des libertés et de la détention (JLD) si l'interdiction de sortie dépasse 12 h.vie-publique.fr

  • Projets de loi et décrets complémentaires ont renforcé les pouvoirs du Premier ministre en matière de restriction des libertés (confinement, couvre-feux, tests, passe sanitaire, notamment pour la circulation des personnes).BFMTVWikipédia

  • Article L. 3131-1 du Code de la santé publique : ouvre la possibilité pour le ministre de prescrire — sur le fondement d’une menace sanitaire — des mesures proportionnées, pouvant être individuelles, et relayées par le représentant de l’État (préfet).

 

Dans les faits, ce cadre légal peut transformer une dissidence politique en "trouble psychiatrique" dès lors qu’un discours critique est perçu comme "dangereux" ou "complotiste".


En quoi cela a ouvert la voie à des interprétations extensives ?


  • Les durées légales (6–12h) pouvaient être dépassées indéfiniment, dès lors que le médecin informe le juge — sans qu’il ne soit obligatoirement saisi.Le Monde.frassemblee-nationale.frConseil d'État

  • Les contrôles judiciaires, bien que formellement rétablis progressivement, sont restés dépendants de délais et procédures lourdes, notamment pour les contre-expertises ou les recours d’urgence.conseil-constitutionnel.frConseil d'État

  • Le cadre d’état d’urgence sanitaire, via lois et décrets, a permis une extension des pouvoirs administratifs dans des champs habituellement réservés au judiciaire, comme les restrictions de déplacement ou d’isolement médical.

  • Ce contexte a favorisé une logique sanitaire exceptionnelle, où la psychiatrie peut être instrumentalisée au nom de la protection collective, y compris contre des discours critiques jugés "dangereux."

 

 

Pourquoi psychiatriser la dissidence ?


  • Délégitimer l’opposant : un dissident considéré comme "fou" n’est plus un adversaire politique crédible.

  • Dissuader la contestation : l’internement psychiatrique fait peur, plus encore que la garde à vue ou la prison.

  • Neutraliser légalement : la psychiatrie permet d’écarter une personne sans procès ni débat public.


Un précédent dangereux pour la démocratie


Lorsque l’État peut qualifier d’aliénation mentale toute critique trop virulente, nous sortons du débat démocratique pour entrer dans la pathologisation de l’opinion. C’est une arme subtile, car elle se présente comme "bienveillante" : protéger l’individu contre lui-même. Mais derrière cette façade, se cache un outil de répression plus insidieux que la prison.


Quelles protections pour demain ?


La question n’est pas de nier l’existence de véritables troubles psychiatriques, mais de garantir que la psychiatrie ne soit pas dévoyée en instrument de contrôle social. Cela suppose :

  • Une transparence totale sur les décisions d’internement.

  • Des contre-expertises indépendantes obligatoires.

  • Une protection constitutionnelle renforcée de la liberté d’opinion, même lorsqu’elle dérange.


👉 La psychiatrisation de la dissidence n’est pas une hypothèse dystopique, mais une réalité documentée. Pendant la crise du Covid-19, le Parlement et l’exécutif ont adopté une série de lois et décrets qui ont considérablement élargi les marges d’action de l’administration, notamment en matière d’hospitalisation psychiatrique sans consentement. Si certaines mesures visaient à garantir la sécurité publique, leur imprécision ou leur application par défaut ont laissé des brèches potentiellement exploitables pour réprimer la dissidence sous couvert du sanitaire. Chaque citoyen devrait s’interroger : demain, si vos opinions ne correspondent pas à la ligne officielle, serez-vous encore un citoyen libre… ou un "fou à soigner" ?

 

 
 
 

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